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« Chacun s’est fabriqué son propre Michael Jackson »

Sémiologue de profession, Amélie Dalmazzo tient en « Michael Jackson n’a jamais existé » son premier livre. En se lançant dans la littérature, elle choisit un mythe comme sujet. Interview…

L’équipe Debactu : Bonjour, comment allez-vous ?

Amélie Dalmazzo : Bonjour, ça va bien, merci ! Et vous-même ?

L’équipe Debactu : Beaucoup de livres sortent sur Michael Jackson, en quoi le vôtre est-il différent des autres ?

Amélie Dalmazzo : Mon livre n’est ni une biographie, ni un pamphlet. Il s’intéresse au phénomène Jackson, à son personnage, à sa légende. Je ne parle pas de l’individu réel, mais de la figure médiatique que nous avons façonnée et qui a exprimé autant nos désirs de toute-puissance et d’immortalité que notre part obscure. Michael Jackson est un miroir de ce que nous sommes, individuellement et collectivement. C’est pour cela que j’ai appelé mon livre « Michael Jackson n’a jamais existé ». Au sujet du titre, un grand fan de Michael Jackson m’a demandé : « Cela veut-il dire que chacun s’est fabriqué son PROPRE Michael Jackson ? » Eh bien, c’est exactement ça ! Nous avons tous construit son histoire, son mythe. A travers lui, nous avons pu exprimer ce que nous peinons à nous avouer à nous-mêmes. Mais quel est le sens de ce récit collectif ? Quel message Michael Jackson porte-t-il véritablement à nous ? A travers l’analyse de ses clips et des récits médiatiques produits à son sujet, c’est à ces questions que je tente de répondre.

L’équipe Debactu : Pourquoi avoir choisi le King of Pop ?

Amélie Dalmazzo : Ce livre reprend une partie des analyses que j’ai menées dans ma thèse de doctorat sur le charisme et les phénomènes fans. Au fil de mes recherches, Michael Jackson m’est apparu comme un personnage fascinant pouvant nous en apprendre beaucoup sur ce sujet. J’ai alors étudié cette figure, analysant sa communication grâce à la sémiologie des médias (analyse des images) et la psychanalyse. Je voulais percer les mystères du charisme, comprendre pourquoi et comment les idoles nous fascinent, au point parfois de nous transformer en de véritables fans. Cette question est cruciale à une époque où les fanatismes divisent le monde.
Et la dualité de Michael Jackson était intéressante : d’un coté il était une star adulée – on le voyait même comme un saint ; de l’autre il était une figure étrange que certains dépeignaient comme un « monstre ». Je voulais comprendre les raisons qui conduisent une société à détruire ses idoles après les avoir sanctifiées.

L’équipe Debactu : Comment avez-vous réagi à l’annonce de sa mort brutale le 25 juin 2009 ?

Amélie Dalmazzo : Jeudi 25 juin à minuit, j’ai reçu un texto : « Michael Jackson est mort ». Je suis restée abasourdie. Je ne pouvais pas y croire. J’ai immédiatement allumé la télé pour voir les news. BFM, ITELE… toutes les chaînes le disaient. C’était tellement invraisemblable que j’attendais le moment où on nous dirait que tout cela n’avait été qu’une rumeur de plus. Je suis restée accrochée à mon téléviseur jusqu’à 4h du matin, pour finalement admettre que le chanteur ne réapparaitrait jamais. J’ai rapidement compris que cet événement aurait un impact immense sur les gens et que, de fait, il allait provoquer un tsunami médiatique. Les médias allaient encore ressasser les mêmes a priori, raconter les mêmes fadaises.J’ai senti, plus que jamais, qu’il était important de défendre la mémoire de Michael Jackson, de sa légende. Il était important pour moi qu’on n’oublie jamais la richesse de ce personnage, qu’on ne l’affadisse pas, surtout ! Et qu’on apprenne à travers lui aussi sur nous-mêmes. J’ai eu l’impression qu’il était de mon devoir de porter mes découvertes devant le grand public. C’est pour cela que j’ai décidé d’écrire ce livre.

L’équipe Debactu : Pensez-vous que le chanteur a été victime d’une erreur médicale ou d’un acte prémédité ?

Amélie Dalmazzo : Quelle que soit la cause du décès de Michael Jackson, je pense que ce qui l’a réellement détruit est son immense succès et sa précoce notoriété. Il a été victime de son génie, des médias, de l’opinion, du show-business, des fans, de nous TOUS en fait. Mais aussi de lui-même. Comme beaucoup d’entre nous, il voulait toujours faire mieux, être toujours « plus ». Il était enchaîné à un idéal – tentant sans cesse d’être à la hauteur de son double imaginaire, le médiatique et adulé « King of Pop ». Selon moi, c’est surtout de cela qu’il est mort.

L’équipe Debactu : Michael Jackson n’a jamais existé est votre tout premier livre, êtes-vous déjà à l’écriture du prochain ?

Amélie Dalmazzo : Non, pas encore. Michael Jackson n’a jamais existé sort à peine en librairie ! Après avoir passé plusieurs années à écrire dans le silence d’une bibliothèque (pour écrire la thèse sur laquelle s’appuie le livre), j’ai maintenant envie de partager, d’échanger, d’aller à la rencontre des lecteurs. Ceci dit, ça ne m’empêche pas d’éprouver dès aujourd’hui d’autres envies de publication. J’aimerais faire un livre plus centré sur les fans, permettre aux gens de comprendre qu’ils sont des individus normaux, ressentant simplement d’une manière plus exacerbée que les autres de l’attachement pour un personnage public. Nous avons tous besoin de modèles pour construire notre identité. Quand on est enfant, on s’identifie à des figures parentales, puis, parce qu’il est nécessaire de se détacher de ceux qu’on idéalise, on cherche d’autres référents : certains élisent des personnes de leur entourage, un ami, un amoureux ; d’autres choisissent une figure charismatique.

L’équipe Debactu : Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions !

Amélie Dalmazzo : Merci a vous, surtout, de me les avoir posées !

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